Le 30 mai dernier, nous avons repris la route de la mémoire avec une nouvelle édition du Maimory Tour, organisée par Français à Part Entière – FAPE.
Cette année, nous avons surtout arpenté l’Est parisien, tout en démarrant par une étape symbolique située dans le 15ᵉ arrondissement : le Bal Blomet, anciennement connu sous le nom de Bal Nègre.
C’est là que nous avons commencé notre parcours, pour découvrir qui était Jean Rézard des Wouves, Martiniquais installé à Paris, qui souhaitait se présenter à la députation et qui fut à l’origine de ce lieu mythique créé en 1924. Le Bal Nègre fut bien plus qu’un espace de fête : il devint un lieu de rencontres, de musique, de danse, de brassage culturel et de visibilité pour les populations antillaises et afrodescendantes dans le Paris de l’entre-deux-guerres.
Puis, au fil des rues, nous avons poursuivi notre chemin vers l’Est parisien, en déroulant le fil d’une histoire trop souvent méconnue : celle de femmes et d’hommes qui ont pensé, créé, résisté, écrit, combattu et contribué pleinement à l’histoire de France.
Parmi ces figures, nous avons évoqué Jane et Paulette Nardal, deux sœurs martiniquaises, intellectuelles, journalistes, traductrices et femmes de lettres, qui ont joué un rôle majeur dans l’émergence de la conscience noire à Paris. À travers leur salon littéraire de Clamart, elles ont réuni des penseurs, écrivains et étudiants venus d’Afrique, des Antilles et des États-Unis, participant ainsi à faire naître les échanges qui nourriront plus tard le mouvement de la Négritude.
Nous avons également marché sur les traces de Sosthène Camille Mortenol, Édouard Glissant, Félix Éboué, Frantz Fanon, Maryse Condé, Jacqueline Manicom, Louis Delgrès, Toussaint Louverture ou encore Toni Morrison.
Cette visite, nous avons eu le plaisir de la vivre aux côtés de Florence ALEXIS et Ghislaine GADJAR, véritables mémoires vivantes, qui ont enrichi le parcours de leurs anecdotes, de leurs regards et de leurs transmissions précieuses.
Nous avons également eu l’honneur d’avoir à nos côtés le nouvel adjoint à la Maire de Paris en charge des Outre-mer, dont la présence a donné encore plus de portée à ce moment de mémoire, de dialogue et de transmission.
Car le Maimory Tour est aussi un espace d’échanges. Certains participants n’ont pas manqué de souligner l’importance des mots utilisés pour raconter notre histoire. Sur le panneau consacré aux sœurs Nardal, le terme « égérie » a ainsi été questionné, car il ne rend pas pleinement compte de leur rôle intellectuel, politique et pionnier. De la même manière, une remarque a été faite sur le fait d’indiquer que le père du commandant Sosthène Camille Mortenol avait été « libéré », alors qu’il avait en réalité racheté sa liberté. Et cela change profondément le récit : ce n’est pas la même histoire que d’être libéré par autrui ou de conquérir soi-même sa liberté.
C’est aussi cela, le Maimory Tour : une visite interactive et intergénérationnelle, où l’on marche, où l’on écoute, où l’on questionne, où l’on corrige, où l’on transmet. À chaque arrêt, une mémoire se révèle. À chaque lieu, une histoire reprend sa place. À chaque mot, c’est une nuance essentielle de notre récit commun qui s’éclaire.
Avec FAPE, nous voulons rendre ces mémoires visibles, accessibles et vivantes. Parce que connaître ces parcours, c’est se donner des mots, des références et des arguments pour déconstruire les clichés, combattre le racisme et s’inclure pleinement dans l’histoire commune.
Merci à toutes celles et ceux qui ont partagé cette journée avec nous.
Retour en images sur ces moments de transmission, de découverte et de mémoire
Keyza NUBRET